
L’analyste en sécurité et en diplomatie, Pr Mulumba Alex, estime que l’AFC/M23 devrait étendre son contrôle à des provinces stratégiques sur le plan économique en République démocratique du Congo (RDC) afin de renforcer sa position dans les futures négociations politiques.
Dans un entretien accordé à Rwandatribune, le Pr Mulumba affirme que l’AFC/M23 et le Rwanda ne devraient pas compter sur les États-Unis comme médiateur impartial, estimant que Washington a déjà démontré son alignement dans ce conflit.
Selon lui, les sanctions américaines visant le Rwanda et les dirigeants de l’AFC/M23 continueront probablement à s’intensifier, tandis que le gouvernement de Kinshasa, les milices Wazalendo et les FDLR ne font pas l’objet de mesures comparables. Il soutient que, bien que les États-Unis comprennent les véritables enjeux du conflit, leur priorité demeure l’accès aux ressources minières de la RDC, comme cela a été observé, selon lui, dans d’autres pays.
Alors que les négociations de paix entre les différentes parties au conflit en RDC peinent à progresser, le Pr Mulumba s’interroge sur la capacité d’un mouvement ne contrôlant qu’une partie limitée du territoire à peser durablement dans des discussions face à un gouvernement qui administre la majeure partie du pays.
Évoquant les pourparlers de Doha ainsi que les autres initiatives de médiation, il affirme que les autorités de Kinshasa n’ont pas démontré une réelle volonté de respecter les engagements pris lors des précédents accords.
Selon lui, l’AFC/M23 a fait preuve de bonne foi en libérant des prisonniers de guerre conformément aux engagements convenus. En revanche, affirme-t-il, le gouvernement congolais aurait intensifié ses opérations militaires, notamment à travers des frappes de drones qui auraient causé la mort de civils à Minembwe et Masisi.
Le Pr Mulumba considère également que plusieurs développements récents témoignent d’une escalade militaire de la part du gouvernement congolais. Il cite notamment les déclarations du président Félix Tshisekedi lors de son séjour aux États-Unis, où celui-ci a affirmé que les Forces armées congolaises étaient en train de vaincre leurs adversaires et se préparaient à reprendre Goma et Bukavu.
L’analyste estime par ailleurs que la communauté internationale fait preuve de partialité. À ses yeux, les sanctions américaines ont visé exclusivement les dirigeants de l’AFC/M23 et le Rwanda, tandis que les autorités de Kinshasa n’ont pas été inquiétées.
Selon le Pr Mulumba, cette confiance affichée par Kinshasa repose largement sur son poids économique. Il souligne les partenariats conclus entre la RDC et plusieurs pays occidentaux dans l’exploitation du cuivre, du cobalt et du coltan, des minerais jugés essentiels pour les industries technologiques et la transition énergétique.
Pour cette raison, poursuit-il, le pouvoir de Félix Tshisekedi considère les négociations de paix comme un moyen de gagner du temps, convaincu d’avoir déjà remporté la bataille diplomatique.
Katanga : frapper le cœur économique de Kinshasa
Le Pr Mulumba décrit le Katanga comme le principal pilier économique de la RDC grâce à ses importantes réserves de cuivre et de cobalt.
Selon lui, si l’AFC/M23 étendait ses opérations militaires dans cette province, il pourrait fragiliser la principale source de revenus de l’État congolais, perturber les marchés internationaux des minerais stratégiques et pousser les partenaires étrangers de Kinshasa à favoriser de véritables négociations.
Tshopo : contrôler les principaux axes logistiques
L’analyste présente également la province de la Tshopo, avec la ville de Kisangani, comme un carrefour stratégique reliant les voies de transport fluvial et terrestre.
Il estime qu’un contrôle de cette région permettrait à l’AFC/M23 de perturber les lignes d’approvisionnement militaires reliant Kinshasa à l’est du pays, renforçant ainsi son influence dans les négociations.
Maniema : entre richesse minière et enjeu militaire
Le Maniema, poursuit-il, dispose d’importantes ressources en or et en étain tout en occupant une position stratégique sur le plan militaire.
Selon lui, une avancée de l’AFC/M23 dans cette province affaiblirait les positions des FARDC ainsi que celles de leurs alliés, notamment les Wazalendo et les FDLR, tout en ouvrant une progression vers Kinshasa.
Les arguments politiques avancés
Le Pr Mulumba estime également que l’AFC/M23 dispose de motivations politiques qu’il juge légitimes.
Il affirme que le président Félix Tshisekedi a tenté de modifier la Constitution afin de prolonger son maintien au pouvoir. Selon lui, cette initiative a suscité des critiques de la part de l’opposition, des organisations de la société civile ainsi que de la CENCO, entraînant plusieurs mouvements de contestation.
Il avertit qu’en l’absence d’évolution sur le terrain militaire, le conflit risque de s’inscrire dans la durée, avec de lourdes pertes humaines de part et d’autre.
Conclusion
Le Pr Mulumba Alex conclut que l’AFC/M23 ne pourra acquérir un véritable poids dans les négociations de paix qu’en étendant ses opérations militaires vers la Tshopo, le Katanga et le Maniema.
Selon lui, une telle évolution permettrait :
– de renforcer la position de négociation de l’AFC/M23 ;
– d’amener les autorités de Kinshasa à accepter de véritables discussions sur un partage du pouvoir ;
– d’inciter les puissances occidentales à dialoguer directement avec l’AFC/M23 en raison de leurs intérêts économiques dans la région.
À ses yeux, le temps des déclarations est désormais révolu et seule une extension des opérations militaires à l’échelle nationale serait susceptible d’ouvrir la voie à une solution politique durable.
Par Mwizerwa Ally
Rwandatribune
